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La nutrition de l’huître

Ecologie de l'huître 06/07/2015

Présentation de la fonction de nutrition de l’huître et du parcours des nutriments dans le tube digestif.

Les huîtres mangent comme elles respirent

Les Huîtres sont des organismes pouvant filtrer de 5 à 16L d’eau par heure en régime normal. Elles créent, grâce aux cils de leur cavité palléale* un courant d’eau assez faible (de l’ordre de 4cm/min) qui passe sur leurs branchies. Les particules contenues dans l’eau sont alors triées selon leur taille, le tissu branchial recouvert de mucus* constituant un véritable système de grilles. Vous pouvez voir ce phénomène en détail dans cette vidéo de l’Observatoire Océanologique de Banyuls. Les particules de taille trop importante sont englobées de mucus et rejetées sous forme de pseudo-fèces*. Les Diatomées* non coloniales, les Flagellés ainsi que certains spores* d’algues sont acceptés. Les parcelles alimentaires retenues sont ensuite transportées par action ciliaire jusqu’à la bouche, qui se présente comme une fente terminale formée de deux lèvres soudées et terminée par quatre palpes labiaux.

Au niveau de ces palpes s’effectue un second tri selon la taille et la présence d’ornementations sur les particules. Puis ils amènent les particules à l’œsophage court, à paroi ciliée et recouverte de mucus, conduisant à son tour les particules vers l’estomac, lieu d’un nouveau tri selon la valeur nutritive cette fois. Là s’effectue un broyage mécanique et une attaque enzymatique transformant le bol alimentaire en « soupe nutritive » : un stylet cristallin, « tige » jaunâtre de couches concentriques de mucoprotéines*, bute sur la partie chitineuse* de l’estomac. Des cils vibratiles le font tourner (jusqu’à 90 tours par minutes), le faisant s’user en libérant des enzymes digestives appelées diastases. Il participe également à la trituration des éléments nutritifs. De plus, la présence de grains de sable à l’intérieur même de l’estomac facilite le broyage des particules.

La « soupe nutritive » remonte ensuite dans les canaux de l’hépatopancréas, ou glande digestive, qui entourent totalement l’estomac. Ces canaux se ramifient en tubules où a lieu la digestion intracellulaire. Les déchets de cette digestion passent dans l’intestin, sont englobés dans du mucus et sont rejetés sous forme de fèces.

Le trajet complet d’un aliment dans le tube digestif d’une huître dure de 80 à 150 min.

Mais que mangent-elle ?

Diatomées, une classe de phytoplancton, vues au microscope (NOAA, 1983)

Diatomées, une classe de phytoplancton, vues au microscope (NOAA, 1983)

Microphages, les Huîtres se nourrissent de phytoplancton* en suspension dans la colonne d’eau. Elles peuvent filtrer en 24 heures, à travers leur cavité palléale, une masse d’eau correspondant à plus de 1500 fois le poids de la nourriture retenue. Leur digestion augmente considérablement la sédimentation par l’accumulation de fèces.

Elles sont également de très bon bioaccumulateurs de polluants et de métaux lourds, qu’elles stockent dans leur glande digestive à de fortes concentrations. Ceci pose un vrai problème sanitaire lorsqu’elles sont consommées par les hommes qui ingèrent alors le polluant.

Glossaire de l’article

Cavité palléale : cavité pourvue de cils vibratiles s’ouvrant sur le milieu extérieur abritant, entre-autres, les branchies et l’anus.

Fèces : déchets de la digestion.

Pseudo-fèces : particules expulsées hors de l’organisme avant même d’avoir été digérées.

Diatomées : Algues Brunes microscopiques.

Spores algaux : éléments de reproductions contenant les gamètes des algues.

Mucus : substance gluante et collante sécrétée par les branchies à laquelle adhère les particules de la colonne d’eau.

Mucoprotéines : protéines constituant le mucus.

Phytoplancton : ensemble des particules végétales flottant dans la colonne d’eau.

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Un modèle pour mieux comprendre la croissance et la reproduction des huîtres

Actualités, Ecologie de l'huître 14/02/2006

L’Ifremer a lancé en 2004 un projet qui consiste à mettre au point un modèle de croissance et de reproduction de l’huître creuse, Crassostrea gigas quelque soit le lieu de culture. Voici quelques précisions sur ce projet.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Le modèle utilisé a été conçu par un chercheur hollandais, S.A.L.M. Kooijman, sur la base de son travail depuis 1986 et publié en 2000 [1. Dynamic energy and mass budgets in biological systems. Kooijman. S.A.L.M. 2000. Cambridge University Press, Cambridge, 424 p.]. Ce modèle, communément appelé DEB (bilan dynamique d’énergie : Dynamic Energy Budget) décrit la distribution de l’énergie au sein des organismes pluricellulaires à travers les principales fonctions physiologiques de l’animal : nutrition, stockage de l’énergie, croissance et reproduction. Pour fonctionner, le modèle DEB doit être paramétré suivant l’animal en question. Ce paramétrage qui s’effectue par diverses expériences en laboratoire est actuellement en grandes parties terminé pour l’huître creuse.

Que faut-il connaître pour reproduire la croissance des huîtres ?

Représentation schématique de l'allocation énergétique dans un modèle DEB

Représentation schématique de l’allocation énergétique dans un modèle DEB

Pour obtenir des simulations, il est nécessaire de connaître la quantité de nourriture disponible – le phytoplancton pour l’huître – ainsi que la température de l’eau qui va accélérer ou ralentir les réactions à l’œuvre pour la construction des cellules d’un poïkilotherme [2. Organisme qui ne régule pas sa température interne, comme l’huître]. Une fois ces deux variables connues, le modèle va donner le poids de chair sec des huîtres. Le poids total est très difficilement estimable car il dépend, en plus de la vitesse de formation de la coquille, de la vitesse d’usure de celle-ci qui varie d’un endroit à l’autre et selon les pratiques de culture.

État des connaissances en 2006

Exemple de simulation de la croissance (en bleu) comparé aux données (en rouge) grâce au modèle DEB

Exemple de simulation de la croissance (en bleu) comparé aux données (en rouge) grâce au modèle DEB

Le modèle est actuellement en phase de validation, c’est à dire que les résultats de croissance des huîtres du modèle sont confrontés à des données réelles de culture sur le terrain (voir l’illustration). Le modèle a ainsi été testé dans des milieux simples : des bassins de laboratoire, une claire ostréicole et dans la lagune de Thau [3. Pouvreau, S. ; Bourlès, Y. ; Lefebvre, S. & Alumno-Bruscia, M. Application of a dynamic energy budget model to the Pacific oyster, Crassostrea gigas, reared under various environmental conditions Journal of Sea Research, 2006, 56, 156-167]. Les résultats du modèle concordent bien aux données de terrain à condition de régler la réponse du modèle. C’est cette étape artificielle de paramétrage qui doit être supprimée. Pour cela, les chercheurs doivent mieux comprendre quelles sont les espèces de phytoplancton qui constituent la nourriture de l’huître [4. Application d’un modèle DEB de croissance et de reproduction de l’huître creuse, Crassostrea gigas, dans le bassin d’Arcachon : identification des sources de nourriture potentielles. Bernard, 2006. Rapport de stage de master 1.].

Quelles sont les perspectives de ces recherches ?

Les applications potentielles d’un tel modèle sont nombreuses. A terme, le modèle doit pouvoir mieux expliquer les années de mauvaise pousse, permettre de quantifier l’effort de reproduction des huîtres et donner une idée de la date de ponte. Il peut aussi servir à mettre en évidence des baisses de croissance qui ne sont pas dues au manque de nourriture.

Il s’agit d’un outil puissant pour l’étude de l’huître au sein de son environnement et pour la compréhension des phénomènes qui y sont à l’œuvre. C’est un élément essentiel de la réponse scientifique pour améliorer la gestion de l’écosystème conchylicole.

Pour en savoir plus :

le site du modèle DEB (en anglais)

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