Bienvenue visiteur! [ S’enregistrer | Se connecter

L’huître en questions

Actualités 15/07/2015

L'huître en question

Un livre foisonnant qui, avec les acteurs majeurs de l’ostréiculture actuelle, dresse un panorama du métier et de ses controverses.

L'huître en question

Ce n’est pas mon habitude de parler ici de livres sur les huîtres tant ils se ressemblent tous. Voici pourtant un livre qui, je pense, fera date pour l’ostréiculture.

L’ostréiculture est actuellement à la croisée des chemins et ce livre, à travers les interviews des passionnés de l’huître, ostréiculteurs comme chercheurs ou restaurateurs, nous dresse un panorama de la complexité de ce petit monde et des visions qui s’y affrontent.

Sommeaire du livre "L'huître en question"

Comme le sommaire vous le révèle, la lecture passionnera les gens du métier mais aussi tous ceux qui ont envie de mieux comprendre ce qui se joue actuellement dans l’ostréiculture. Car au fil des pages et des interviews, il devient évident que le débat qui se joue ici dépasse largement la question de l’huître pour mettre en question notre rapport à l’environnement, au travail ou à la science.

Pour l’ostréiculture, ce livre est, je l’espère, une opportunité pour dépassionner les débats et approfondir les questions cruciales pour cette activité.

Vous l’aurez compris, je recommande chaudement la lecture de cet ouvrage qui ne vous laissera pas indifférent…

L’huître en question, Catherine Flohic – Paru le 18 juin 2015 – 29€90 – Les ateliers d’Argol

14516 vues totales, 35 aujourd’hui

Présentation des huîtres triploïdes

Biologie de l'huître 06/07/2015

On en parle peu et pourtant elles sont là. Il est temps de faire le point sur ce nouvel ovni de la consommation. Le cas des huîtres triploïdes est représentatif des interrogations qui entourent ces nouveaux produits de consommation, entre refus viscéral et accueil silencieux.

La genèse du projet

Les huîtres triploïdes françaises sont en grande partie le fruit du travail du laboratoire de L’Ifremer de La Tremblade (Laboratoire de recherches génétiques et de pathologie). Un de leur objectif est en effet d’améliorer les souches d’huîtres françaises. Ils ont aussi pour but de trouver des souches d’huîtres résistantes aux maladies et ceci les a conduit à travailler sur le génome des huîtres. C’est en 1989 que débutent les recherches sur les huîtres triploïdes à l’occasion d’un contrat plan Etat-Région et en partenariat avec les professionnels de la conchyliculture.

Différences entre triploïdes et diploïdes

Cette différence se met en évidence en trois points. Premièrement, d’un point de vu génétique, l’huître triploïde possède des triplets de chromosomes à la place des doublets de ses consoeurs. Le matériel génétique de l’huître se compose initialement de 10 paires de chromosomes. Chez l’huître triploïde toutes ces paires sont remplacées par des triplets, soit trente chromosomes au total.

Mais quel peut être l’avantage d’une telle manipulation ? Cette différence a pour principal effet, et c’est là le deuxième point, de rendre les huîtres triploïdes stériles. Ces huîtres stériles ne dépensent pas d’énergie pour la reproduction et grandissent donc plus vite que les autres, voir par exemple le rapport du C.R.E.A.A. sur ce sujet. En outre beaucoup d’amateurs occasionnels d’huîtres ne les apprécient pas lorsqu’elles « sont en lait », c’est à dire en pleine production des gamètes durant l’été. Le consommateur est sensé sortir gagnant en pouvant consommer des huîtres grasses toute l’année.

Le troisième point de divergence est donc leur goût plus sucré bien que la différence reste assez subjective et dépende des aléas saisonniers. Cette différence gustative provient de l’importante teneur en glycogène des huîtres triploïdes qui, n’ayant pas d’effort à fournir pour la reproduction se concentrent dans le stockage de leur énergie sous forme de ce polymère de glucose.

Sources :

  • « Savoir et comprendre avant de diaboliser », les nouvelles de l’Ifremer n°16 de juin 2000.
  • La passion des huîtres et des moules, Christian Vidal, p 73-75

Pour aller plus loin, voir l’avis du COMEPRA sur l’ostréiculture et les biotechnologies  et je vous conseille aussi la lecture de “l’huître en questions” qui donne un éclairage poussé sur l’utilisation des huîtres triploïdes dans l’ostréiculture.

 

13085 vues totales, 9 aujourd’hui

D8 en quête d’audimat

Actualités 06/01/2015

Ou comment le magazine en quête d’actualité du mercredi 3 décembre 2014, à charge sur l’ostréiculture, vire à la démonstration d’incompétence des journalistes.

Deux choses sont particulièrement odieuses avec ce reportage : les multiples erreurs des journalistes et son habillage scénaristique…

Les erreurs et imprécisions se retrouvent à tous les étages : on y parle d’huîtres mutantes pour les huîtres triploïdes, un qualificatif qui ne veut rien dire et ne sert qu’à faire peur. Autre exemple, La journaliste affirme sans rire que le captage n’est possible que dans deux bassins ostréicoles en France. Une rapide recherche sur Internet lui aurait appris que ceci n’est plus vrai depuis au moins 10 ans : l’Ifremer suit même en routine 5 sites de captage actuellement ! Mais le clou, c’est quand même quand elle parle du bassin d’Arcachon en présentant la carte de Marennes-Oléron…

Plus grave, le ton général du reportage est polémique, du style “on vous ment, nous allons rétablir la vérité”. Le lancement est déjà plus que prometteur, on nous dit ainsi que l’on n’est plus vraiment sûr de ce qu’il y a dans la coquille des huîtres… Et le scénario du reportage est à l’avenant, avec, comme épinglé par un utilisateur d’ostrea, un scénario du bon, de la brute et du truand : trois ostréiculteurs interviewés auxquels le montage fait tenir un rôle. Le but n’est pas ici d’apporter une information éclairante, il s’agit uniquement de raconter une histoire, si possible effrayante, pour le consommateur.

À ce titre, la séquence où les journalistes interviewent des acheteurs d’huîtres sur le marché en les attaquants avec la question “vous savez que vous mangez des huîtres triploïdes ?” est édifiante. Il s’agit ici de faire peur et de recueillir cet effroi devant la caméra. La recette est en effet simple et imparable : prenez un mot scientifique inconnu et dites aux gens qu’ils viennent d’en manger en sous-entendant que ça peut être grave. C’est pratique car ça marche avec tout, à l’exemple de cette dame qui veut tout de suite aller redonner les huîtres qu’elle vient d’acheter, sans d’ailleurs avoir l’air de savoir ce que veut dire triploïde.

La séquence de clôture, où on apprend que les huîtres qui sont servies dans un restaurant d’Arcachon n’ont peut être pas été élevées complètement à Arcachon sent bon le scandale fabriqué. Outre le fait que ce n’est pas une nouveauté, ça devient même un marronnier des médias, le scandale est assez limité : il n’y a pas d’appellation contraignante pour les huîtres du bassin d’Arcachon. Par contre faire passer un ostréiculteur pour un truand ne semble poser aucun cas de conscience aux journalistes.

Ces journalistes nous présentent donc en toute lumière le dévoiement de leur profession, prêts à tordre les faits pour les faire rentrer dans un scandale factice. Il ne s’agit plus là d’informer mais de polémiquer stérilement, en se moquant du fond des problèmes.

Alors un dernier conseil, si vous doutez des huîtres que vous achetez, posez la question à votre ostréiculteur ou votre poissonnier qui vous expliquera peut-être le cycle d’élevage, parfois compliqué, des huîtres mais ne vous en privez pas, d’autant plus que la qualité est exceptionnelle en cette fin d’année 2014 pour des prix stables ou en baisses !

P.S. Je ne peux pas vous fournir de lien vers ce reportage, D8 a au moins eu la décence de ne pas le proposer en replay plus d’une semaine.

1669 vues totales, 0 aujourd’hui

2014, l’année de tous les records pour les pathogènes en conchyliculture

Actualités, Ecologie de l'huître, Mytiliculture, Ostréiculture 27/08/2014

Alors que l’été 2014 s’annonce comme une année record pour le captage dans plusieurs bassins, notamment à Arcachon, à Bourgneuf et en rade de Brest, un article de la Nouvelle République vient rappeler que sur le plan épidémiologique, trois pathogènes déciment actuellement les cheptels conchylicoles. Retour sur cette situation inédite.

Depuis au minimum 2008, il y a donc l’herpès virus ou plus exactement un variant des souches connues jusque là, qui s’attaque chaque année aux juvéniles de l’huître creuse. Il cause des mortalités très importantes, pouvant frôler les 100% chez cette classe d’âge dès que l’eau se réchauffe et dépasse le seuil de 16°C [1].

En 2013 et en 2014, les cheptels d’huîtres adultes ont également été touché par des mortalités importantes. Cette fois, c’est une bactérie, Vibrio esturianus, elle aussi bien connue des pathologistes, qui semble être en cause. Ces mortalités sur les huîtres adultes ne sont pas nouvelles puisqu’en 2007 se tenait déjà à Marennes-Oléron des réunions de crise sur ce sujet. Ce qui est nouveau depuis 2013, c’est la très faible résistance des huîtres triploïdes face à ces mortalités. Une faiblesse nouvelle qui laisse perplexe.

Et depuis le printemps 2014, une autre bactérie sème la panique parmi les mytiliculteurs. Il s’agit de Vibrio spendidus, un pathogène également courant en aquaculture. Cette bactérie a en effet été retrouvée par l’Ifremer associée aux mortalités fulgurantes des moules au nord de l’ïle de Ré. Malgré les hypothèses diverses sur la pollution et les conditions climatiques particulières, c’est bien là encore la perplexité qui domine sur les causes de l’émergence, avec une telle virulence, de cette bactérie.

Pour compléter ce panorama, il existe un bruit de fond de différentes observations de mortalités sur les tellines ou les coquilles saint-jacques mais avec beaucoup plus de difficultés pour en évaluer l’ampleur. Par exemple, dans l’étang de Thau, les conchyliculteur s’inquiètaient, fin juin, des mortalités importantes sur les moules, les huîtres mais aussi les palourdes selon le Marin.

Une telle situation, avec trois épizooties en cours dans le milieu naturel, épizooties qui touchent de larges pans de l’activité conchylicole, est complètement inédite pour la conchyliculture française. Les mortalités des stocks adultes constituent une véritable menace pour la pérennité des entreprises, bien plus grave que les mortalités des juvéniles qu’elles ont su compenser.

Face à la détresse des professionnels du secteur, combien d’épizooties faudra-t-il encore pour que les conditions d’émergence de ces pathogènes soient clarifiées ?

[1Petton, B. ; Pernet, F. ; Robert, R. & Boudry, P. Temperature influence on pathogen transmission and subsequent mortalities in juvenile Pacific oysters Crassostrea gigas Aquaculture Environment Interactions, 2013, 3, 257-273

1530 vues totales, 0 aujourd’hui

La naissance de l’ostréiculture en France

Histoire de l'ostréiculture 06/07/2011

Le développement de l’ostréiculture en France eu lieu en France dans des conditions particulières.

La menace de pénurie d’huîtres

 

Naissain d'huîtres plates

Cette gravure de Victor Coste montre les diverses étapes du développement des huîtres plates. A cette époque seules celles-ci existent sur les côtes françaises.

Depuis les romains chez lesquels elle est hautement considérée, l’huître n’a pas perdu sa réputation. Avec la renaissance, sa renommée va encore s’accroître. La facilité de son exploitation va très tôt en faire un produit menacé. Et ceci se comprend car on l’exploite de toutes les manières possibles : à la drague, au râteau, à pied … Les huîtres ramassés sur les bancs naturels sont simplement vendues directement ou parfois stockées dans des claires pour faire face aux variations de la demande et les rendre meilleure.

Au XVIIe siècle, les bancs sont considérés comme inépuisables comme le montre l’ordonnance de R.J. Valin de 1681. C’est ainsi que dès la seconde moitié du XVIIIe les réglementations s’accumulent : interdiction totale de pêche, limitation des moyens ou limitation dans le temps. Mais si ces règlements permettent d’empêcher la disparition des huîtres, ils ne permettent pas aux bancs naturels de se reconstituer durablement. La situation va véritablement devenir préoccupante lorsqu’au XIXe siècle le commerce de l’huître, grâce au chemin de fer, connaît un essor spectaculaire. Les huîtres, en vogue à l’époque dans la haute société (déjeuners d’huîtres), finissent par se faire rares et la pénurie menace certaines régions. Il devient peu à peu évident que ce type d’exploitation des bancs naturels ne peut se perpétuer indéfiniment.

L’inspiration étrangère

Fagots collecteurs de naissain d’huître plate. Il s’agit des installations du lac de Fusaro, en Italie, qui inspirèrent Victor Coste pour ses propres essais.

C’est à la suite d’un rapport alarmiste du ministère de l’agriculture et du commerce que Napoléon III nomma V. Coste à la tête des recherches sur l’huître. La solution résidait pour Coste qui avait déjà effectué des recherches en pisciculture, sur le contrôle de bout en bout du cycle d’élevage de l’huître et notamment de son captage. Il partit donc pour l’Italie où se perpétuait la culture de bancs artificiels d’huîtres dans le lac Fusaro. Ce voyage lui permit de passer en revue en France et en Italie les méthodes d’élevage des huîtres et des moules. Coste observa au lac Fusaro avec intérêt les fagots qui servaient à capter le naissain d’huîtres. Pour Coste, ces observations constituent une première approche expérimentale du captage des larves d’huîtres que viennent étayer ses connaissances de la biologie de la reproduction des huîtres. Toutes ces observations seront minutieusement rapportées et publiées en 1855 avec la première édition de “Voyage d’exploration sur le littoral de la France et de L’Italie”. Un appendice y sera ensuite ajouté où Coste décrit divers “appareils propres à recueillir le naissain des huîtres”.

Voici comment Victor Coste y décrit ce que nous appelons aujourd’hui les collecteurs : “Les jeunes huîtres, en abandonnant les valves de la mère, errent çà et là au sein des eaux, et semblent y chercher des conditions propres à faciliter leur adhérence et leur développement ultérieur, c’est à dire des corps solides, offrant des surfaces légèrement rugueuse et à l’abri de l’envahissement des vases.”.

Les premiers essais

Ferdinand De Bon

Plancher collecteur de Ferdinand de Bon

Plancher collecteur de Ferdinand de Bon : ce plancher décrit par Victor Coste fût imaginé par F. de Bon pour recueillir le naissain d’huître plate.

Ferdinand de Bon, chef de service de la marine à Saint-Servan, fait figure de précurseur lorsqu’en 1853 il tenta de repeupler les bancs de Saint-Servan. Sa méthode de captage est différente : il fait poser un plancher à 15cm du sol constitué d’éléments séparés et destiné à permettre la fixation des larves. Coste a visité ses installations et le félicitera pour l’avance de ce projet sur son temps. On peut retrouver les croquis des installations de De Bon dans l’appendice sur les collecteurs du livre de Coste.

Victor Coste

Victor Coste va les années suivantes beaucoup s’impliquer dans le développement de ce qui sera appelé plus tard l’ostréiculture. Pour lui il est urgent de repeupler les bancs naturels généralement dévastés par les dragues. Il finira par en convaincre l’empereur qui lui donnera d’importants moyens. En 1858, l’expérience débute dans la baie de Saint Brieuc, baie dont le peuplement d’huître a particulièrement été mis à mal. La méthode de repeuplement de Coste est la suivante : il délimite de nouveaux bancs artificiels, encore vierges d’huîtres, qu’il recouvre de coquilles sèches. Ces squelettes de bancs sont complétés par des fagots de branchage mis en suspension dans l’eau et destinés à la récolte du naissain. Les huîtres, elles, sont importées de Cancale et de Tréguier par deux navires : l’Ariel et l’Antilope puis semées sur les bancs. L’expérience est réussie : six mois plus tard des quantités impressionnantes de petites huîtres sont observées sur les fagots.

Les débuts ne furent pourtant pas aussi simples. Coste qui voulait repeupler l’ensemble des côtes françaises, se heurta lorsqu’il étendit son expérience les années suivantes à d’autres régions, aux aléas climatiques ou même au pillage des installations.

Jean Michelet

Cet état des lieux des pionniers de l’ostréiculture ne saurait être complet sans mentionner la trouvaille fort utile d’un maçon arcachonnais, Jean Michelet en 1865. Il propose en effet d récolter le naissain d’huîtres grâce à une tuile chaulée. Cette amélioration permet de récolter les huîtres plus facilement et fut un déclencheur de l’ostréiculture arcachonnaise.
haut de page

Le développement d’une industrie ostréicole

L’essentiel était donc fait et peu à peu, sous les efforts redoublés de Coste et de nombreux pêcheurs locaux, les techniques s’affinent et les demandes de concession se multiplient. En 1860 on dénombre 2000 parcs sur l’île de Ré ainsi que 112 concessionnaires pour 400 ha à Arcachon. Même si ces exploitations arcachonnaises péricliteront, on y retrouvera tout de même 287 parcs en activité en 1866 puis 4015 en 1887.

Détrocage des huîtres au début du 20ème siècle

Détrocage des huîtres au début du 20ème siècle dans les établissements Baudrier et Tricart, un ancien établissement ostréicole de Marennes-Oléron.

L’ostréiculture pu se développer sur ces bases et être une source de revenu solide pour les populations côtières. L’industrie naissante fut stimulée par l’arrivée de la portugaise vers 1870 qui gagna d’abord le bassin d’Arcachon puis remonta jusqu’en Vendée mais s’arrêta aux portes de la Bretagne. Ainsi naquit l’industrie ostréicole. Cette évolution présente un des premier processus où l’homme fut contraint de changer ses méthodes d’exploitation d’une espèce afin de la préserver. On y voit un exemple de transition d’une gestion par le sabordage des ressources vers l’exploitation durable de cette ressource. Toutes ces adaptations finirent, en 1877, par faire entrer le terme ostréiculture dans le dictionnaire de Littré.

4041 vues totales, 0 aujourd’hui

Ostréiculteur, un métier en phase avec le milieu

Ostréiculture 06/07/2011

Cet article donne un petit aperçu du métier d’ostréiculteur, un métier que l’on peut qualifier sans se tromper de métier au grand air ! Pour les plus déterminés, une série de liens sur la formation nécessaire au métier d’ostréiculteur clos cette présentation.

Un métier pas comme les autres

Le beau temps n’est pas toujours de la partie, comme lors de cette photo, prise en été près d'Oléron

Le beau temps n’est pas toujours de la partie, comme lors de cette photo, prise en été près d’Oléron (© Ostrea.org)

Pour tout ce qui est du travail en mer, les ostréiculteurs sont à la merci des caprices climatiques. Même si cette photo a été prise début juillet 2003 (si, si), on est loin des clichés qui font parfois passer l’ostréiculture pour un travail de plein air agréable. En effet, l’ostréiculteur établi souvent son emploi du temps en fonction du dernier bulletin de météo marine. C’est donc un homme au plus proche du milieu marin, tributaire des aléas de la météo.

La marée limite fortement le temps de travail sur les parcs, il ne faut pas avoir peur de travailler dans l’eau.

La marée limite fortement le temps de travail sur les parcs, il ne faut pas avoir peur de travailler dans l’eau (© Ostrea.org).

 

 

L’autre composante essentielle du rythme ostréicole c’est les marées. Elles seules permettent l’exploitation des concessions maritimes. L’ostréiculteur est donc obligé de suivre leur rythme ce qui donne un emploi du temps chaque jour différent. Il travaille à l’établissement dans les périodes de mortes-eaux (coefficients de marée trop faible) et se rend sur les parcs à huîtres pendant les périodes de vives-eaux (malines). Il ne peut alors travailler sur les parcs que quelques heures (avant et après la basse mer) si la baissance est assez forte. Certains travaillent aussi avec les marées de nuit, souvent en plus des marées de jour. Voilà pourquoi l’annuaire des marées est un des outils les plus précieux de l’ostréiculteur.

Pour mieux comprendre le mécanisme des marées vous pouvez visiter la page sur les marées.

Un métier en rythme avec les saisons

Contrairement aux idées reçues, l’ostréiculture est un métier qui se poursuit tout au long de l’année.

Voici quelques éléments sur les différentes activités de l’ostréiculteur au cours d’une année pour une méthode d’élevage traditionnelle, c’est à dire avec détroquage. Il existe maintenant d’autres techniques avec l’exploitation des grattis ou à partir d’huîtres achetées en écloseries, une à une.

Janvier – Mars : la préparation
C’est le détroquage des huîtres et la mise en poche pour finir la pousse avant la vente en automne. Les huîtres mises en poches proviennent des parcs à plats ou directement des collecteurs.

Avril – Mai : dédoubler les collecteurs
C’est donner plus d’espace aux collecteurs d’un an pour faciliter la croissance des petites huîtres.

Juin : Descendre les poches
Dans le bassin de Marennes-Oléron, les poches d’huîtres sont transférées dans des parcs meilleurs (plus bas) après la fin du captage des moules. Sans cela, les installations ostréicoles seraient recouvertes de moules.

Juillet – Août : Mise en place des collecteurs
Pour le captage des petites huîtres, des collecteurs sont mis à l’eau en vives-eaux. Il faut également continuer à s’occuper des autres huîtres en élevage (18 mois et futures huîtres marchandes).

Septembre : Tourner les poches
Pour harmoniser la croissance des huîtres, les poches plastiques d’huîtres sont retournées fréquemment. Sans cela, les huîtres se prennent dans les mailles plastiques ou poussent tout en longueur.

Octobre – Décembre : La vente
Les huîtres sont calibrées avec précision, stockées en claires, emballées puis expédiées pendant les fêtes pour la plupart. En décembre, pendant les fêtes de fin d’année, on estime que près de 75% des ventes sont réalisées.

Les expérimentations en eau profonde à Marennes-Oléron

La culture en eau profonde a, à première vue, beaucoup d’attraits, notamment par le rendement. Toutefois, à l’expérimentation, elle révèle aussi de nombreux défauts. Les premiers résultent d’une mauvaise connaissance des fonds marins. De forts courants ou des dépôts de vases peuvent apparaître après semis. Les pertes sont alors énormes.
Le second lot de défauts vient de l’inaptitude de C. gigas à être élevée en eau profonde. Inaptitude marquée par l’apparition de chambres et le développement d’un vers, le Polydora, qui perce des galeries dans la coquille de l’huître. La qualité des huîtres est alors considérablement altérée. S’il est possible de produire des huîtres d’eau profonde en assez grande quantité, leur qualité reste donc en deçà des cultures plus traditionnelles.

La formation

Si le bref aperçu fait ici du métier d’ostréiculteur vous tente ou si c’est votre rêve depuis tout petit, voici quelques liens pour trouver une école qui vous prépare à ce métier. En effet, aujourd’hui un diplôme est obligatoire pour pouvoir se mettre à son compte dans l’ostréiculture. Toutefois, il est possible de suivre une formation alternée lorsqu’on possède déjà de l’expérience.

Voici quelques liens vers des lycées qui assurent ces formations dans différentes régions :

Il faut aussi rappeler que les nombreuses particularités de ce métier le rendent difficile à exercer pour les personnes qui ne connaissent pas ce milieu. Bien souvent ce sont en effet des fils d’ostréiculteurs ou des employés ostréicoles qui reprennent les entreprises.

Pour aller plus loin, je vous propose également :

6548 vues totales, 6 aujourd’hui

  • Économie de l’huître en France et dans le monde

    par on 06/07/2015 - 4 Commentaires

    Peu médiatisé, le secteur ostréicole français est la plus importante production d’huître en Europe. Voici quelques données de production pour faire un état des lieux pour l’espèce Crassotrea gigas, l’huître principalement cultivée en France. Voici quelques chiffres en tonnes de la production d’huître en France et de son évolution, région par région. A travers ces […]

  • La nutrition de l’huître

    par on 06/07/2015 - 0 Commentaires

    Présentation de la fonction de nutrition de l’huître et du parcours des nutriments dans le tube digestif. Les huîtres mangent comme elles respirent Les Huîtres sont des organismes pouvant filtrer de 5 à 16L d’eau par heure en régime normal. Elles créent, grâce aux cils de leur cavité palléale* un courant d’eau assez faible (de […]

  • L'huître en question

    L’huître en questions

    par on 15/07/2015 - 2 Commentaires

    Un livre foisonnant qui, avec les acteurs majeurs de l’ostréiculture actuelle, dresse un panorama du métier et de ses controverses. Ce n’est pas mon habitude de parler ici de livres sur les huîtres tant ils se ressemblent tous. Voici pourtant un livre qui, je pense, fera date pour l’ostréiculture. L’ostréiculture est actuellement à la croisée […]

  • Comprendre les marées

    par on 06/07/2015 - 0 Commentaires

    Les marées sont une composante fondamentale de régulation de la vie sur l’estran. Voici quelques explications pour mieux comprendre le phénomène. Les marées sont un phénomène beaucoup plus complexe qu’on ne le pense généralement. Elles dépendent très fortement du lieu où on se trouve et contrairement aux idées reçues ne sont pas totalement périodiques : différences […]

  • Présentation des huîtres triploïdes

    par on 06/07/2015 - 3 Commentaires

    On en parle peu et pourtant elles sont là. Il est temps de faire le point sur ce nouvel ovni de la consommation. Le cas des huîtres triploïdes est représentatif des interrogations qui entourent ces nouveaux produits de consommation, entre refus viscéral et accueil silencieux. La genèse du projet Les huîtres triploïdes françaises sont en […]

Publicité

Catégories

Annonces populaires aujourd’hui