
Autrefois, la culture se limitait au pillage des bancs
naturels. Les romains étaient très friands des huîtres
comme en témoigne les monceaux de coquilles retrouvés sur certains
sites archéologiques. (voir histoire de l'huître)
De nos jours, l'ostréiculture est un métier
bien spécial qui a de nombreuses particularités. Il existe beaucoup
de manières différentes de faire des huîtres.
Ainsi en France, on recense quatre grandes méthodes
de production :
Historique des cultures à Marennes-Oléron. L'edulis, l'huître plate, est l'huître
la plus anciennement cultivée. Elle subsiste encore mais une maladie
qui la tue dans la troisième année en limite la reproduction
et donc la vente. Elle a été supplantée par deux autres
espèces : Crassostrea angulata et Crassostrea gigas.
L'histoire de l'angulata à Marennes-Oléron :
C'est en 1868 que tout commença avec l'huître portugaise. Ce
jour là, un bateau, le Morlaisien, fût contraint de se réfugier
dans l'estuaire de la gironde. À son bord des huîtres portugaises
avariées qui, lâchées dans la Gironde, s'y reproduiront
et y prospérèrent au fils des ans. Le naissain (petites huîtres
pas encore collées) arriva progressivement dans le bassin de Marennes-Oléron
par le nord. L'angulata put alors faire l'objet d'un élevage
intensif qui remplaça peu à peu l'edulis. Cet élevage
va perdurer jusqu'en août 1970 où l'huître portugaise est
frappée finalement d'une épizootie qui détruit l'ensemble
des élevages de la côte atlantique française.
Cette histoire vous est aussi racontée dans cette
autre page.
L'arrivée de la gigas :
Devant cette catastrophe pour l'ostréiculture, on pris rapidement la
décision d'introduire en masse, en vu d'un élevage intensif,
une autre espèce résistante à cette maladie : Crassostrea
gigas, qui est toujours cultivée à Marennes Oléron.
Dans ce but, des mères furent importées du Canada et du naissain
collé sur coquilles du Japon. Ainsi, en quelques années, la
population d'huîtres du bassin fut remplacée.
Voir la page des brèves pour plus
de déails.
Les différents stades menant à la vente.Le captage : Opération consistant à collecter le naissain sur des collecteurs en bois, ardoise, fer ou plastique. Les huîtres peuvent rester sur les collecteurs 8, 18 ou 30 mois.
Les collecteurs peuvent être de différentes formes et fabriqués avec plusieurs matériaux.
La culture à plat : C'est une seconde étape possible pour les petites huîtres. Elles sont alors simplement étendues à même le sol, puis régulièrement bougées pour leur donner une meilleure forme et limiter l'envasement. Cette solution est de moins en moins utilisée en raison des bigorneaux perceurs et du rendement moindre.
La culture en poche :
On peut choisir d'enfermer les huîtres dans des
poches plastiques installées elles-même sur des tables en fer.
La culture en poche permet d'obtenir des huîtres de meilleure qualité.
En outre, on obtient un bon rendement puisque les pertes sont limitées.
L'affinage : consiste à mettre les huîtres dans des
bassins (claires) afin de leur donner un meilleur goût et de les endurcir.
La vente : elle a lieu généralement de septembre à
octobre, avant les fêtes pendant lesquelles 50% de la production nationale
est écoulée.
Problèmes du milieu
Comme nous l'avons démontré dans la section
biotope, celui-ci est essentiel pour une
bonne culture des huîtres. Il arrive parfois que des vents forts ou
même des tempêtes dévastent les concessions en mer. C'est
ainsi que certaines zones ont été dévastées à
100% pendant la grande tempête de Noël 1999. Et même sans
prendre des exemples aussi spectaculaires, de simples changements de courant
peuvent entraîner de graves dégâts dans les parcs à
huîtres. Il s'est déjà vu des bancs de sables envahissants
les concessions. Plus courant est le dépôt de vases (aussi alluvions
ou boues) contre lesquelles des laveurs (bandes de caoutchouc remuées
par les courants) sont installés dans les parcs.
L'ostréiculture est fondée sur un biotope fragile que les moindres
actions inconsidérées ou naturelles peuvent endommager durablement.
Compétiteurs
Le développement de cultures alternatives aux huîtres, comme les moules, a entraîné de nombreuses nuisances dans certains bassins ostréicoles. Ainsi à Marennes-Oléron, chaque année on est face à un naissain de moules de plus en plus important qui envahit tout. Leur élimination donne lieu à des coûts importants. Et, lorsqu'on sait qu'une moule adulte filtre environ quatre litres d'eau par heure, on se rend compte du problème de nourriture que cela peut poser pour les huîtres.
Il est à noter que lorsqu'il y a production de naissain, l'huître devient pour l'ostréiculteur, son propre adversaire. En effet, afin d'obtenir un produit d'aspect convenable, il faut enlever (détroquer) toutes les petites huîtres qui ne manquent pas de venir se coller sur les plus grosses. Ces huîtres parasites sont appelées gallies.
Prédateurs S'il est une menace qui efface toutes les autres dans
l'ostréiculture, c'est bien celle du bigorneau perceur. Cet animal
mange les huîtres avant les consommateurs en y creusant un petit trou
circulaire dans la coquille. Il aspire ensuite l'huître à l'aide
d'une trompe. Cet animal était marginal jusqu'aux dernières
années mais une nouvelle espèce plus virulente (pouvant vivre
dans des endroits plus longtemps découverts) a récemment fait
son apparition. C'est maintenant une menace on ne peut plus réelle
pour les cultures au sol. Pour aggraver le tout, le bigorneau perceur ne semble
pas avoir de prédateur capable d'en limiter efficacement l'expansion.
Pour se débarrasser de ce fléau, les autorités
compétentes en la matière ont préconisé le simple
ramassage. Pour encourager cette pratique, les bigorneaux perceurs ramassés
sont payés 8 F du kg. La rapidité de reproduction de cette espèce
et la difficulté de ramassage n'ont pas permis d'obtenir d'améliorations
significatives.
D'autres méthodes sont en cours d'expérimentation.
L'installation de goulots de bouteilles aux pattes des tables semble assez
efficace pour ce type de culture.
L'étoile de mer est un autre prédateur
de l'huître, surtout craint pour les cultures en eau profonde et à
plat, mais aujourd'hui elle est en régression.
Epizooties Comme chez les animaux, des épizooties peuvent
se déclarer en milieu marin. Les ostréiculteurs en on fait les
frais entre 1970 et 1973. Voir plus haut
D'autres épizooties se sont aussi déclarées
en Amérique avec une autre espèce : Crassostrea virginica.
Cette épizootie fut moins virulente que chez C. angulata mais
causa quand même des pertes importantes avant que l'espèce ne
devienne résistante d'elle-même.
S'il est une grande nouveauté pour l'ostréiculture,
c'est bien l'huître triploïde. Son nom provient de ce qu'elles
possèdent des triplets de chromosomes à la place des doublets
habituels. Elles sont obtenues en écloseries à partir de géniteurs
tétraploïdes (chromosomes par lot de 4) et diploïdes (paires
de chromosomes). Les huîtres obtenues sont stériles.
La particularité des huîtres triploïdes
est qu'elles ne fabriquent pas de gamètes avant l'été.
Sans le souci de la reproduction, elles poussent plus vite. Elles sont de
plus toujours grasses et atteignent une taille plus importante pour une même
période d'élevage car elles ne dépensent pas d'énergie
pour la reproduction. Certains consommateurs leur trouvent un goût sucré,
différents des huîtres normales. Vous les trouverez chez les
commerçants sous le nom d'huîtres des quatre saisons.
Elles ne font pas pour autant l'unanimité parmi
les éleveurs, certains s'opposent en effet à un élevage
contre nature. On est en effet en droit de se demander quels sont les apports
pour la profession d'une telle huître, à l'origine mal comprise
par les consommateurs, et assimilée (à tord mais c'est discutable)
à un OGM. À ce déficit d'image, il faut ajouter que l'utilisation
des huîtres triploïdes rend les éleveurs dépendants
des écloseries qui peuvent alors développer un monopole sur
le naissain. La richesse de la reproduction naturelle est ignorée en
même tant que l'image de l'huître comme pur produit de la nature.
Et que dire des manipulations qui aboutissent à
la fabrication des triploides, si ce n'est se demander si le jeu en vaut bien
la chandelle. Il ne faut pas oublier que la prospérité de l'ostréiculture
provient de la réputation de l'huître d'être un produit
naturel et bienfaisant. Que ferons les ostréiculeurs si un média
influent s'empare de ce sujet épineux peu avant les fêtes de
noël ? L'avertissement est lancé ...
Pour prolonger la réflexion sur les huîtres triploïdes :
Voir aussi pour plus d'informations :
La naissance de l'ostréiculture
Naissance
de l'affinage en claire
Une marée dans le bassin de Marennes-Oléron
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