Brèves d'huîtres




La vie de l'huître

  o   Construire sa coquille

la structure en feuillet des coquilles d'huitres

      Les huîtres forment leur coquille à partir des ions calcium (Ca2+) et bicarbonate (HCO3-) contenus dans l'eau de mer. Ces ions sont assimilés par le manteau et pénètrent dans les tissus vivants de celui-ci. La paroi interne du manteau (epitellium palléal), celle qui touche la coquille, laisse ensuite passer ces ions vers le liquide extra-palléal contenu dans le milieu imperméable temporaire formé entre le manteau et une des coquilles. Le tissu vivant du manteau fournit aussi une part des ions bicarbonate obtenus à partir du CO2, déchet du métabolisme de l'huître, ainsi que les composés organiques nécessaires à la composition de la coquille. Le liquide extra-palléal est peu à peu sursaturé en ion calcium et bicarbonate. Des composés organiques émis par le manteau servent alors d'initiateur à la formation des cristaux minéraux. Ces cristaux peuvent être de différentes natures : calcite, aragonite ou plus rarement vatérite. Le résultat est une coquille formée de couches de matières minérales et organiques (la conchioline), celles-ci servant de ciment entre les différentes couches minérales. Le matériau obtenu possède de part cette structure en lamelles une bonne résistance aux chocs et à l'érosion.

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  o   Le verdissement des huîtres

      La responsable "clairement" identifiée du verdissement des huîtres est une diatomée appelée la navicule bleue. Dans certaines conditions précises, cette algue brune unicellulaire subit une transformation qui l'amène à se pigmenter en bleu. Un facteur important est la présence d'huîtres ou de mucus d'huîtres. Ce mucus sert à l'huître à enrober les vases contenues dans l'eau filtrée pour les rejeter plus aisément. Il agit dans le développement de la navicule bleue à la manière d'un catalyseur et fait apparaître la pigmentation bleue. Ce pigment bleu est appelé marennine. Les conditions de pullulation naturelle de la navicule bleue ont été établies par G. Ranson et sont les suivantes :

      Il s'agit donc d'une véritable symbiose entre l'huître et la navicule bleue qui se met en place puisque l'huître permet à la navicule bleue de croître outre mesure tandis que la navicule bleue nourrit l'huître de subtances pigmentées qu'elle sécrète. L'aspect et le goût même de l'huître sont améliorés. Et lorsqu'on sait que l'assimilation par les huîtres de ces pigments et des diatomées les enrichissent en vitamines D et A, on peut alors dire que l'homme est le troisième profiteur de cette entente.

Les prédateurs de l'huître

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  o   La technique du bigorneau perceur

Des bigorneaux perceurs, ennemis de l'huître

      Le bigorneau perceur(famille des Muricidae) est de nos jour un des principal prédateur de l'huître. Il met en oeuvre pour arriver à ses fins une technique particulière. Il possède en effet une trompe qui est elle-même pourvue de la radula : une sorte de tête foreuse dont la rotation parvient à creuser la coquille. La sécrétion d'enzyme aide, en attaquant la conchiolyne, au forage du trou.

  o   La force de l'étoile de mer

      Les huîtres et plus généralement les mollusques constituent un met de choix pour l'étoile de mer. Pour arriver à ses fins, l'étoile des mers procède de façon surprenante. Tout d'abord elle agrippe les deux valves de l'huître en y fixant ses ventouses, puis elle entrouve l'huître en effectuant des tractions continues. Une fois l'huître entrouverte, l'étoile de mer y dévagine son estomac puis la digère par ses sucs à l'intérieur même de la coquille. D'après Mackenzie, on estime qu'une étoile de mer peut manger jusqu'à 5 huîtres de 2 ans en un mois.

      Aujourd'hui en repli, elle fut autrefois la responsable de grosses pertes, notamment lors de la prolifération de 1963-64 qui suivit le rude hiver 1962-63. Dans ces cas-là, la seule parade est alors le ramassage à la main ou à la drague.

Les tribulations historiques de l'huître

  o   L'arrivée de l'angulata à Marennes-Oléron

      Cette nouvelle venue devait marquer durablement le visage de l'ostréiculture de cette région. Elle fut, par exemple accusée de provoquer le déclin de l'huître autochtone Ostrea Edulis (l'huître plate). Elle fut acceuillie avec méfiance, tantôt considérée comme une plaie, tantôt comme un don du ciel suivant le contexte. Les modalités même de sa venue sont discutées.

Les parcs au début du siècle

L'angulata devint très vite foisonante dans le bassin de Marennes-Oléron.

      On raconte pourtant qu'un évènement funeste fut à l'origine de l'entrée dans le Bassin de Marennes-Oléron. En 1868, il existait un traffic d'huîtres entre l'embouchure du tage et le bassin d'Arcachon. Mais le 14 mai 1868, le capitaine du Morlaisien, Hector Patoizeau, fut obligé de se réfugier dans l'estuaire de la Gironde à cause d'une tempête. Mais la tempête dura et le chargement d'huîtres finit par sentir mauvais, on obligea alors le capitaine à les jeter à la mer. Loin de mourir, les huîtres proliférèrent et formèrent bientôt de véritables bancs naturels. C'est une véritable invasion qui eut lieu dans les années qui suivirent, ce qui explique que cette étrangère ne fut pas toujours bien vue. En effet, elle transformait les côtes et, disait-on, mangeait la nourriture de l'huître plate. Pendant quelques décennies, les deux espèces seront exploitées simultanément, l'huître plate considérée comme une huître de la bonne société et la portugaise comme l'huître de la France d'en bas d'alors. Mais c'est bien elle pourtant qui va assurer la prospérité de cette région ostréicole face à l'épizootie de 1920-21 qui décima la plate et rendit sa culture impossible dans le bassin.

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  o   L'épizootie de 1970 - 1973

      L'huître portugaise, Crassostrea Angulata, cultivée sur les côtes françaises à cette époque, déjà affaiblie par la maladie des branchies devait connaître une nouvelle attaque en août 1970. C'est dans le bassin de Marennes-Oléron que se déclencha cette nouvelle épizootie, qui attaqua tout d'abord les huîtres adultes puis un peu plus tard les huîtres de un an et enfin le naissain. En trois ans l'huître portugaise fut quasiment éradiquée des côtes françaises : on dénombra jusqu'à 90% de mortalité dans les parcs dès novembre 1970. Parallèlement, on s'aperçut que l'huître japonaise Crassostrea Gigas, introduite en 1966 par des ostréiculteurs novateurs, mais non sans âpres discussions et polémiques, était résistante à cette nouvelle maladie. Cette espèce avait pourtant trouvée le succès parmi les ostréiculteurs puisque les importations étaient passées de 800 kg en 1967 à 62 tonnes en 1969. Les ostréiculteurs ne voulaient pourtant pas devenir dépendants de l'importation d'huîtres étrangères tant la véritable richesse du bassin résidait dans le naissain qu'il fournissait.

      L'état de crise était déclenché pour le bassin de Marennes-Oléron dont le sort se jouait là. Le 25 avril 1971 eut lieu à la Tremblade une réunion extraordinaire où l'on décida d'importer de grandes quantités de Gigas en vue du repeuplement du bassin. Aussitôt dit, aussitôt fait, des huîtres mères en provenance du Canada furent acheminées par avion et mises à l'eau avant l'été dans le but de réensemencer le bassin avec du nouveau naissain.

Au début de l'été de nombreuses larves furent repérées. L'effort de réensemencement fut poursuivi les années suivantes mais cette opération "Résur" fut un succès sur toute la ligne. L'huître japonaise, en devenant l'huître creuse, se substitua à la portugaise en promettant d'autres années heureuses pour les ostréiculteurs du bassin de Marennes-Oléron.


Plus d'informations sur :
La culture des huîtres
L'histoire des huîtres
La naissance de l'ostréiculture moderne

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