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Un ostréiculteur présente son métier

Lundi 31 octobre, Ile d’Oléron, Banc de Lamouroux, sur le ponton de Gilles Bernard

Quelle est la taille de votre exploitation ?

J’exploite une superficie totale de 4,5 hectares divisée en différentes surfaces de 10 à 50 ares sur l’Ile d’Aix, à Boyard, à Saint Trojan et ici sur le Banc de Lamouroux. L’Ile d’Aix est le meilleur endroit de naissain du bassin même si c’est un coin très vaseux. Je possède également 50 ares de claires.

Comment cultivez-vous l’huître ?

J’utilise encore les méthodes que j’ai apprises lorsque j’ai commencé l’ostréiculture. Il existe des moyens plus modernes et donc plus rentables d’exploitation mais ils nécessitent des investissements et comme je finis l’année prochaine ça ne vaut pas le coup.

Quelles sont les différentes étapes de la culture ?

Les larves, appelées naissain se fixent au moment le plus chaud de l’été en juillet-août. C’est à ce moment qu’on les captent sur des collecteurs : les barres de fer empilées qui ont ainsi la forme d’une ruche. La quantité d’huîtres collées dépend de la température et de la salinité, même si la température peut compenser la salinité. En dessous de 18°C on n’aura pas de naissain, au dessus de 20°C on en aura beaucoup si les conditions de salinités sont bonnes.

Les collecteurs restent en place environ 9 mois, jusqu’au printemps de l’année suivante puis sont transportés jusqu’à des parcs à collecteurs à Boyardville. Là on les dédouble : on les espace sur des tables pour que les huîtres puissent se développer. Un empilement de collecteurs donne 30 à 50 rangées sur tables. Les huîtres passent ainsi un an et demi à Boyardville.

Les huîtres de 30 mois ainsi obtenues subissent alors le travail le plus long : le détroquage. On tape sur les barres de fer, ceci crée des vibrations et les huîtres se décollent. Il faut alors les séparer les unes des autres à la main. Cette étape a lieu de janvier à fin avril. Les huîtres sont ensuite mises en poches plastiques par lots de 8 à 10 kg.

Elles passent ensuite dans des parcs à la pousse. Il y a deux types de parcs :

- Les parcs de coefficient 60-65 (qui se découvrent à marée basse lorsque le coefficient de marée est de 60). Dans ces parcs, les poches sont juste retournées de temps en temps.

- Les parcs n’ayant pas un coefficient inférieur à 70 (parcs bas) sont plus productifs mais exposés à l’invasion par les moules, qui sont de forts compétiteurs des huîtres, lors de leur période de reproduction en mai-juin. On ne les garnit donc que fin juin. Avant ça, on stocke les huîtres dans des parcs plus hauts, de coefficient 50. Ces poches sont retournées en été et en septembre.

En octobre on récupère les huîtres, on les fait éventuellement passer en claires puis on les trie, on enlève les galis (petites huîtres qui ont poussé sur les grandes), on les calibre et on les vend.

Vendez-vous vos huîtres directement aux particuliers ?

Je suis un éleveur, je vends mes huîtres en gros (à la tonne) directement aux expéditeurs ou en passant par des courtiers en huîtres qui prennent une commission au kilo fixe, quel que soit le cours des huîtres.

A quoi sert le passage en claires ?

Les claires sont d’anciens marais salants dans lesquels on affine les huîtres. Leur coquille devient plus solide et elles tiennent donc mieux à sec. Elles se nourrissent d’une algue qui leur donne une couleur verte bleutée mais il n’a pas été prouvé que ça changeait quoi que ce soit à leur goût ! En général c’est l’expéditeur qui se charge du passage en claires mais il m’arrive de le faire moi-même. Il faut savoir qu’il suffit qu’une huître ait passé trois semaines en claire ici pour bénéficier de l’appellation Marennes-Oléron.

Cultivez-vous des huîtres triploïdes ?

Non je n’en fais pas. Ces huîtres ont été crées par l’IFREMER, (en savoir plus) elles ne peuvent pas se reproduire et utilisent donc toute leur énergie pour leur croissance. Elles grandissent plus et plus vite. J’ai choisi de rester à l’huître classique.

Quelles sont les nouvelles méthodes ?

Les nouveaux éleveurs captent le naissain sur des collecteurs en plastique et détachent les huîtres au bout de 9 mois. Ceci évite le détroquage puisqu’à ce moment là elles sont encore toute séparées les unes des autres. D’autres achètent leurs huîtres directement en écloserie, ils ont alors le choix entre des diploïdes ou des triploïdes.

Beaucoup font le début de l’élevage en Bretagne puis les ramènent un an ici.

Il y a aussi ceux qui utilisent des engins de manutention comme les chaînes de triage, les calibreuses, les cribleurs et les ensacheuses. Tous ces traitements mécaniques usent les huîtres et il y a plus de pertes.

Y-a-t’il des normes pour la mise en place des parcs à huître ?

Les balises doivent être pliables pour que les bateaux puissent passer au dessus et la hauteur des tables ne doit pas dépasser 1m pour ne pas abîmer les hélices.

Que se passe-t’il à la fin de l’exploitation d’un parc ?

Si le parc n’est pas vendu il doit théoriquement être rendu propre, les installations doivent être démontées. Mais il n’y a pas de contrôles...

Comment avez-vous obtenu vos parcs ?

J’ai hérité d’une partie des parcs de mon père mais j’en ai acheté 80 %.

Les parcs se vendent ?

Normalement non mais ça se passe toujours comme ça, les prix de vente sont même déclarés ! On ne vend pas le terrain à proprement parler puisqu’il ne nous appartient pas. L’argent est considéré comme une récompense pour l’entretien qui a été fait. Les places sur le banc de Lamouroux sont les plus chères du bassin, 15 ares se vendent environ 18000 euros. Sur une telle surface, on peut étendre environ 1000 poches de 12kg, on a une production de 10 à 14 tonnes suivant les années.

Vous allez arrêter votre exploitation ?

Les ostréiculteurs qui doivent utiliser un bateau pour accéder à leurs parcs font partie de la marine marchande, on peut donc arrêter dès 55 ans ou après 37 ans et demi d’activité. Je suis officiellement à la retraite depuis deux ans mais il est difficile d’arrêter à date fixe, il faut finir les cycles qui étaient commencés.

Quels sont les contrôles sanitaires effectués sur les parcs ?

Ces contrôles sont essentiellement effectués par le réseau REPHY mis en place par l’IFREMER. Ils traquent les algues toxiques comme le Dinophysis. Nous avons dû fermer une fois et les taux sont assez élevés en ce moment, il n’est pas exclu que nous devions fermer pour Noël cette année. Les normes européennes vont peut-être diminuer de moitié pour la Dinophysis et certains bassins ostréicoles risquent de rester fermés toute l’année !

Merci à Laura Fillinger et Sévevine Beaufort pour avoir mener cette interview.


Article écrit le 20 janvier 2006 par ismael et lu 10738 fois



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