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La vie quotidienne à la cabane autrefois

Cet article est le travail d’Alain Rouyé dans le cadre de son action pour préserver la mémoire de l’ostréiculture traditionnelle.

Dans les premières décennies du XXème siècle, le travail des "femmes de cabane" était plus dur que de nos jours. Les "cabanes" n’étaient pas chauffées l’hiver, la chaleur étant réputée nuire à la bonne conservation des huîtres. Seule une cheminée, insuffisante pour chauffer des locaux pas du tout isolés et soumis à des courants d’air, servait à produire, dans une marmite, un peu d’eau tiède où les "femmes" allaient, de temps à autre, réchauffer leur doigts transis. Les gants en caoutchouc n’existaient pas et le seul moyen de se protéger tant bien que mal des coupures était de porter des poupées en coton enveloppant chaque doigt mais qui ne protégaient pas les paumes des mains. C’est ce qui explique que les blessures étaient nombreuses et que, en l’absence d’antibiotiques, les panaris étaient courants et étaient considérés comme une maladie professionnelle que l’on soignait, le plus souvent, d’un coup de bistouri !

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Femmes de cabanne autrefois

Lorsqu’il ne gelait pas et qu’il était donc possible d’assécher les dégorgeoirs, les "femmes", assises sur des tabourets bas, triaient les huîtres (à l’époque principalement des "plates") par numéros, dans ces dégorgeoirs, à même le sol. Le but était d’éviter au maximum les manutentions, pour gagner du temps sans doute, mais surtout pour éviter au maximum la casse de la pousse des huîtres. J’ignore jusqu’à quelle température il était admis que l’on pouvait faire trier les huîtres à l’extérieur ; j’imagine que cela devait être variable, selon la dureté du patron. Ce tri sur place était facilité par le fait qu’il n’y avait que 4 numéros pour les plates : extra (pour les plus grosses) puis les numéros 1, 2 et 3. Bien entendu, l’emballage se faisait à l’intérieur de la cabane, les huîtres à emballer étant versées sur des tables longues et étroites adaptées à ce travail.

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Tri des huîtres autrefois

Le travail des "hommes de cabane" consistait principalement à transporter les huîtres entre l’établissement et les dégorgeoirs (les "descendre") puis, une fois lavées et dégorgées, des dégorgeoirs vers la "cabane" (les "monter") pour les emballer, ensuite à "coudre" les paniers une fois emballés, enfin à les charger dans les wagons du chemin de fer. Tous ces transbordements se faisaient le plus souvent à l’aide de brouettes à roue en bois cerclée de fer, parfois avec de petits wagonnets poussés à la main circulant, aux alentours des établissements importants, sur des rails miniatures.

Avant la généralisation des pompes à moteur, "les hommes" lavaient les huîtres "au boguet" (voir l’article : les dégorgeoirs). Comme ce lavage n’était pas totalement efficace, les huîtres étaient ensuite brossées une par une, tout au moins pour les catégories supérieures, avant d’être emballées. Les paniers, une fois remplis d’huîtres soigneusement emballées, étaient portés par deux femmes, tenant chacune une poignée, jusqu’à la "couture" où ils étaient repris par "les hommes" et "cousus". L’emballage terminé et les paniers cousus, "les femmes" s’employaient au triage des huîtres et "les hommes" à l’entretien des dégorgeoirs.

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Tri sur le port du Château

Au début de la seconde moitié du XXème siècle, au sortir de la deuxième guerre mondiale, les choses avaient assez peu évolué : les "cabanes" étaient toujours aussi peu chauffées l’hiver, les gants en caoutchouc allaient seulement apparaître, les roues en bois des brouettes allaient être remplacées par des roues à pneumatique, seules les pompes à moteur, électrique ou thermique, existaient depuis quelques décennies et avaient rendu caduque le lavage au boguet. Suivant avec retard le mouvement de modernisation et d’industrialisation de la France, l’ostréiculture est entrée dans une période de grands changements dans les années 1960, avec la généralisation des laveurs d’huîtres et des trieuses mécaniques, l’abandon des paniers en osier "cousus" consignés pour les cageots en bois déroulé cerclés et à emballage perdu.

Vint ensuite l’apparition des machines à cercler semi-automatiques à fil, puis à feuillard plastique, puis celle des ficelleuses automatiques (rapides mais serrant assez mal les paniers), enfin celle des merveilleuses cercleuses à feuillard plastique automatiques. Parallèlement, les chariots-élévateurs remplacèrent les brouettes, permettant la palettisation des charges. Les laveurs furent intégrés dans des chaînes, comprenant un distributeur sur la table d’emballage, parfois un transporteur au niveau des dégorgeoirs. Enfin le triage et l’emballage bénéficièrent de l’aide de chaînes de conditionnement. Les bâtiments, mis aux normes européennes, furent isolés, chauffés, mieux éclairés, rationnalisés. Les étiquettes d’expédition, autrefois faites avec des tampons dans des bureaux souvent minuscules sont maintenant éditées par des ordinateurs trônant dans de vastes bureaux.

Je suis persuadé que le personnel des cabanes modernes apprécie d’avoir moins de charges à porter depuis la palettisation (la 5ème vertèbre lombaire douloureuse est une véritable maladie profesionnelle de l’ostréiculture !) et qu’il est satisfait de travailler dans des locaux plus accueillants et mieux chauffés l’hiver. Je suis plus sceptique concernant le consensus régnant au sujet des chaînes d’emballage et de triage. Reconnaissons toutefois que ce type de travail n’est pas à plein temps et que la diversité des tâches est réelle.

Voir les chroniques de l’ostréiculture traditionnelle

Un grand merci à Dominique MOREAU pour le prêt de ses cartes postales anciennes...


Article écrit le 12 septembre 2005 par Alain rouyé et lu 11237 fois



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